• Shuni-e

     

    Shuni-e

     

     

    Je vais donc vous faire découvrir la cérémonie du Shuni-e ou Cérémonie du Deuxième Mois, qui se tient chaque année du 1er au 14 mars. Bon là, j’imagine totalement la petite gymnastique mentale que vous êtes en train de faire, là, tout de suite : janvier-février-mars…. Mais ça fait 3 et pas 2 !! Le petit robot aurait-il perdu son dernier petit boulon ? Eh bien, non ! En fait, à l’origine la date de cet événement bouddhique était basée sur le calendrier lunaire, et le second mois lunaire correspond plus ou moins au mois de mars de notre calendrier grégorien solaire.

     

    Revenons-en à nos moutons, cette cérémonie religieuse qui se tient donc du 1er au 14 mars dans certains temples bouddhiques dédiés à Kannon, un des grands bodhisattvas (un bouddha avant qu’il n’ait atteint l’éveil) les plus vénérés et populaires, date de l’an 752 et est encore pratiqué aujourd’hui.

     

    Afficher l'image d'origine

     

    Selon la religion bouddhiste, tout au long de l’année les hommes sont poussés à commettre toutes sortes de péchés par cupidité, colère ou avidité. Ces trois "poisons" de l’âme humaine seraient une souillure pour le cœur, une entrave pour l’accès à la vérité et source de maladies. Et ce n’est qu’en passant par la confession des péchés, notamment par le Shuni-e, que les hommes peuvent pour un temps, s’absoudre de leurs péchés, se libérer des peines infortunes qu'ils engendrent, générer la paix et de s'attirer le bonheur.

     

    Les rituels de cette cérémonie sont exécutés par un groupe de onze moines, appelé Rengyôshû, qui servent en quelque sorte d’intermédiaire entre les humains et Kannon, auquel ils confient leur méfaits et prient pour leur bonheur.

     

    Pendant les deux semaines que dure la cérémonie, tout est très réglementé et tout se passe selon des codes bien précis. Chaque heure est investie d’une fonction précise. Il serait trop long de vous nommer tous les rites pratiqués mais je vais vous en citer quelques uns particulièrement importants.

     

    ✴ l’Onakatomi-no-Harai et l’Omizutori

    Lors de la première nuit, la tradition veut que l’on lise solennellement le Jinmyô-chô, ou registre des noms des dieux shintôs Kami : on appelle ce rite l’Onakatomi-no-Harai.

    D'après la légende, lors de la toute première célébration de ce rite, les divinités shintô de toutes les provinces, attirées par cette lecture, vinrent en masse pour bénir la cérémonie et la placer sous leur protection. Seul le dieu O-nyû Myôjin de Wakasa, retardé par une partie de pêche, n'arriva que vers la fin. Ému par le rite, il proposa une offrande d'eau lustrale pour se faire pardonner son retard. Deux cormorans, un blanc et un noir, fracassant un énorme rocher, surgirent alors du sol et une fontaine d'eau se mit à jaillir à cet endroit, que l'on délimita par un enclos de pierres.

    Puis on prit l'habitude chaque année, le douzième jour de la cérémonie, après minuit, de puiser cette eau pour l'offrir à Kannon. Et on nomma ce rituel Omizutori.

    Chaque année, deux récipients sont remplis d'eau sacrée : le premier est mêlé à l'eau des quelques 1300 précédents rituels ; le second est versé dans l'eau du dernier rituel. Par ailleurs, les onze visages de Kannon sont arrosés et cette même eau sacrée sert à la bénédiction des dévots.

     

     

    ✴ Le Hashiri no Gyôhô consiste pour les moines du Rengyôshû à courir en tous sens au fond du sanctuaire leur robe retroussée. Ils cherchent à travers cette course effrénée à rattraper symboliquement le retard entre le monde céleste et le monde terrestre puisqu’il est dit qu’un seul jour dans le monde céleste équivaut à 400 ans dans le monde terrestre.

     

    ✴ L’Ôtaimatsu, reste probablement l'événement le plus spectaculaire du Shuni-e. Tous les soirs après le coucher du soleil. Une dizaine de torches géantes très élaborées, faites de pin et appelées dattan, d’une longueur variant de six à huit mètres sont enflammées. Elles sont d'abord agitées devant le Nigatsu-dô, puis les porteurs gravissent l'escalier qui mène à l'intérieur du pavillon et les dattan réapparaissent sur le balcon du temple, juste au-dessus d’une foule en liesse. Les torches y demeurent quelques instants, puis sont subitement remplacées dans une cadence effrénée par d'autres torches plus petites, que les porteurs agitent alors frénétiquement. Il est dit que quiconque reçoit une étincelle se voit protégé des malheurs et maléfices pour l’année à venir.

     

      

    La fin du Shuni-e annonce l'avènement du printemps et donc la saison du Hanami <3